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La chasse à courre


Pour vous l'image de la chasse à courre -ou vènerie - est encore, sans doute, de grandes allées cavalières dans de grandes forêts, avec des cavaliers bien vêtus qui galopent, avec des chiens obéissants, qui poursuivent un animal choisi, mais qui semble avoir quand même quelques chances de s'en sortir (hum !).
 

Ce n'est pas complètement faux, mais c'est oublier l'envers du décor derrière les équipages les plus riches : parfois jusqu'à 300 voitures de suiveurs, communiquant entre elles par téléphone portable pour suivre les dizaines de veneurs à cheval. Tout ça pour un cerf qui n'a d'autre tort que de survivre dans un coin de forêt...

 

C'est oublier aussi que la chasse à courre, au même titre que la corrida, est avant tout une mise en scène d'un animal que l'on torture avant de le mettre à mort, en suivant un cérémonial tout droit sorti de pratiques aristocratiques vieilles de plusieurs siècles. Elle donne lieu à des fêtes avec musique et souvent une messe de St Hubert, patron des chasseurs*.

 

C'est "la tradition", dans ce qu'elle a de plus abject quand elle justifie des coutumes cruelles qui n'ont rien à faire dans un monde civilisé, au même titre que l'excision des femmes, la lapidation ou encore l'esclavage. Il est curieux de constater l'empressement de notre société à lutter contre des traditions qui se déroulent loin d'elle, tout en regardant avec bienveillance celles qui sont "bien de chez nous".

 

Et puis la chasse à courre qui se développe actuellement en France, c'est surtout la vènerie "du pauvre", celle qui se pratique avec des rabatteurs en treillis, quelques chevaux loués pour faire illusion et en prenant quelques "libertés" avec la réglementation - en particulier lors des relais des chiens - celle aussi qui se pratique à pied.

 

Mais quoi qu'il en soit, qu'il y ait des chevaux, des rabatteurs, des relais de chiens ou non, une chasse à courre se termine par la mort inutile d'un animal sauvage, au nom de l'"instinct du chasseur". Pas mal pour une espèce qui se prétend supérieure aux autres par sa capacité à surmonter ses instincts, justement...

 

* On rappellera toutefois que St Hubert renonça à la chasse après avoir été ébloui par une croix entre les bois d'un cerf et entendu une voix lui disant: "Tu chasses et tu oublies ton salut!" Hubert pourrait être le saint des non chasseurs...


Lors des chasses à courre, l'avis des propriétaires n'est pas demandé et les veneurs continuent à traquer leur proie, en vertu du "droit de suite". Parfois même le cerf poursuivi se réfugie dans un jardin en ville (cela a été plusieurs fois le cas à Compiègne). Lorsqu'il est pris, mourant d'épuisement, l'animal est "servi" (tué) à l'arme blanche, loin des caméras.


Voilà pour la théorie. La pratique, la voici (cliquez sur l'image):

 

 

Edifiant, non ?

 

 Lire le récit d'une chasse à courre ordinaire

 Lire un autre témoignage à St Léger en Yvelines


Extrait de l'article R224-1 réglementant la chasse à courre :

 

Les relais en voiture et en camions sont interdits. Il est toutefois toléré, sauf pour la vénerie du lièvre, que six chiens au maximum soient transportés dans un véhicule pendant la chasse ; ils doivent être donnés en une seule fois en la présence d'au moins un cavalier.

 

Autrement dit, s'il est interdit de poursuivre l'animal en voiture, il n'est pas interdit de se déplacer d'un point à un autre en voiture. Nous savons par des chasseurs que cette permissivité est largement utilisée pour transporter et lâcher des chiens en pleine forme sur le gibier qui commence à s'essouffler. Les chiens se relaient sur l'animal, cerf, lièvre, sanglier ou chevreuil, qui est poursuivi jusqu'à épuisement.

 

En raison de la configuration du terrain, il est souvent impossible de suivre les chiens: barrières, rochers, broussailles, etc. Les chiens doivent donc être lâchés, y compris lorsqu'ils sont relayés en présence d'au moins un cavalier (qui doit être là uniquement pour le lâcher des chiens. Après...!). Résultat : lorsque les chiens arrivent seuls sur un zone de "réserve", même s'ils sont très obéissants, ces zones ont toutes les chances de ne pas être respectées (ils ne savent pas lire !).


La chasse à courre actuelle se pratique aussi en février et mars, c'est-à-dire hors période de chasse à tir. Or en février / mars, les laies ont des petits marcassins à nourrir, les biches sont prêtes à mettre bas et les lièvres sont en pleine période de reproduction.  Donc les veneurs prétendent gérer la faune, mais ils s'amusent en réalité à perturber le gibier en période de reproduction


Dans l'Est de la France de nombreux participants viennent de Suisse ou d'Allemagne, pays où cette pratique est interdite depuis des décennies. Idem maintenant avec les Britanniques dans le Sud-Ouest, depuis que la chasse à courre a été interdite en Grande-Bretagne. La France devient le défouloir de tous les frustrés.

 

 

67 départements sont concernés par la chasse à courre !

Quelques chiffres (actualisés en 2002) :

Equipages de chasse à courre en France (hors vènerie sous terre): 218 en 1914, 441 en 2001, rassemblant 10000 membres, 30000 suiveurs réguliers, environ 70000 suiveurs occasionnels.


Détail par type de chasse :

- Petite vénerie (lièvre, lapin):  280, représentant 63% du total des équipages.

- Grande vènerie : cerf = 39, soit 9% du total des équipages de grande vènerie, stable depuis 1991

                          chevreuil = 92

                          sanglier = 30

- Vénerie sous terre : 1500, avec 15000 déterreurs


"Les six chiens, la gueule levée, l'entouraient de ces cris profonds, gutturaux, sauvages qu'ils ont seulement pour les abois.
- Mais pourquoi se cogne-t-il ainsi aux arbres, Laverdure ? demanda Jacqueline.
- Il est aveugle Madame la baronne répondit le piqueux...Ca arrive quelquefois avec les cerfs forcés. Il y a quelque chose qui leur éclate dans la tête, et puis ils n'y voient plus."
Maurice Druon - (La chute des corps)

 

Je méprise profondément celui qui peut, avec plaisir, marcher en rang et formation derrière une musique: ce ne peut être que par erreur qu'il a reçu un cerveau; une moelle épinière lui suffirait amplement. 

Albert Einstein - (Comment je vois le monde)

 

Ce gai chasseur, armant son fusil ou son piège,
Confine à l'assassin et touche au sacrilège.
Penser, voilà ton but ; Vivre, voilà ton droit.
Tuer pour jouir, non. Crois-tu que ce soit
Pour donner meilleur goût à la caille rôtie,
Que le soleil ajoute une aigrette à l'ortie,
Peint la mûre ou rougit la graine du sorbier ?
Dieu qui fait les oiseaux ne fait pas le gibier.

Victor Hugo


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